Camille Le Chatelier

TU POURRAIS DEFINIR EN QUELQUES MOTS TA PRATIQUE  ? 

Je développe depuis quelques années un travail de sculpteur.

Le vocabulaire formel que j’utilise étudie les forces physiques qui animent les matériaux et les relations qui les confrontent. L’idée d’une forme hybride, la question du changement d’état et l’antinomie des matériaux sont les éléments principaux qui me permettent de condenser une sensation dont la pièce serait l’ellipse. Cette pratique m’amène parfois à employer le son comme support, car il représente une possibilité de traduction des qualités invisibles des matériaux.

Je suis par ailleurs très attachée à l’emploi de matériaux, de techniques dont la pratique est liée à un savoir-faire précis et à l’idée de sa transmission, voire de sa pérennité.

Questionner un savoir-faire ancien, et ce qu’il véhicule comme patrimoine est une manière de le rejouer dans un contexte contemporain, sans le contredire, ni le muséifier.

QUEL EST TON PROJET SUR LE MANEGE ?

Le projet que je propose pour le manège des Fondeurs de roue rejoint cette idée. En découvrant une collection d’instruments mécaniques, je me suis fait la réflexion que ce patrimoine était double. Il parle aussi bien du savoir-faire et de l’ingéniosité des facteurs d’orgues que des airs qui constituent le répertoire de ces instruments. Ce qui m’a intéressée au tout début c’était les différentes possibilités techniques de production et d’amplification du son. Entre autre cette capacité à produire physiquement une vibration et une fréquence proches de celles d’autres instruments, qui est en quelque sorte l’idée précoce d’un synthétiseur. Puis je me suis intéressée aux airs de ce vaste répertoire. J’ai eu envie d’en choisir un ensemble provenant de cette collection. Certains sont encore très connus, d’autres sont tombés dans l’oubli. J’en propose une réinterprétation à base de sonorités qui seraient normalement non mélodiques et non rythmées, choisies en fonction de ce que m’évoque chacun des titres. Par le jeu de la musique mécanique et de la composition électronique, de ce brouhaha sonore se dégage progressivement une chanson, une danse, un air familier.

Dégager d’un environnement non mélodique
une certaine musicalité.

- Camille Le Chatelier